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Sœur Marie Louise de Sainte Thérèse

«  Je suis fille de l’Eglise. »

 

Sœur Marie Louise de Sainte Thérèse

Pierina Vecchiarelli

13 février 1911 – 13 janvier 2011

 

Notre sœur naquit le 13 février 1911 à Strangolagalli, petit village de la provience de Frosinone, non loin de Rome, de Domenico Vecchiarelli et de Luisa Lisi. Un frère, Rizieri, l’avait précédée d’un an. Il deviendra prêtre un jour. Un autre, Beniamino, son petit frère très aimé, la suivit huit ans plus tard : il coûta la vie à la maman, Luisa, qui ne semble pas avoir joui d’une très forte santé. Cet événement déjà peut-être détourna la petite Pierina de la pensée du mariage et pour l’heure, il fit que l’éducation de l’enfant fut confiée à sa grand-mère maternelle.

Cette dernière était une maîtresse femme. Elle avait eu 17 enfants, et elle n’avait pas fini de les élever (Pierina eut un oncle plus jeune qu’elle) quand elle se chargea des trois petits Vecchiarelli. Domenico, lui, partit bientôt aux Etats-Unis d’Amérique pour gagner de quoi assurer l’avenir de ses enfants.

Après avoir fréquenté la petite école de Strangolagalli, Pierina, à 12 ans, quitta la ferme que dirigaient ses grands-parents pour entrer en pension, à Rome, chez les sœurs de St Jean Baptiste (fondées par le bienheureux Alfonso Fusco). Tout porte à penser qu’elle s’y adapta merveilleusement. Pendant les vacances, elle rentrait néanmoins à Strangolagalli. C’est là, qu’un soir, chez l’un de ses oncles, elle dansa. La grand-mère l’apprit et, à son retour, lui délivra une gifle magistrale. Le lendemain matin, Pierina, ayant rassemblé toutes ses affaires, prit le premier autocar pour Rome. Elle ne devait plus revenir à Strangolagalli. Désormais, elle passerait ses vacances dans la Ville éternelle.

Comme elle était dégourdie, avenante, musicienne aussi et qu’elle savait entraîner les autres, les religieuses n’avaient aucune peine à l’utiliser pendant les congés, et Pierina passa sa jeunesse à Rome, tout près du Vatican, en ces années (avant 1929) où le Pape se considérait encore comme prisonnier de cette Cité.

Un matin, une religieuse aborda Pierina : « Pierina, comment était votre mère ? » La jeune fille la décrivit. « Eh bien, lui répondit la sœur, je l’ai vue en rêve cette nuit. Elle m’a dit que vous veniez de prendre à la bibliothèque un livre dangereux. Rapportez-le. » Pierina revint avec « Anna Karenine » de Tolstoï. Aujourd’hui, on serait plutôt heureux de voir ce roman entre les mains d’une adolescente ! Mais alors… Sœur Marie Louise a toujours considéré que ce songe l’avait sauvée. Car une vocation germait…

Le 25 mai 1925, place Saint Pierre, une foule énorme pour l’époque assistait à la canonisation de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. Pierina y était, avec quelques compagnes, dont sa fidèle Lina, aussi menue et timide que Pierina était forte et audacieuse. Après la cérémonie, les deux amies se précipitèrent au Tour d’un Carmel de Rome. La prieure les reçut plutôt froidement : « Depuis que Petite Thérèse est canonisée, toutes les jeunes filles veulent entrer au Carmel à 15 ans… revenez dans quelques années ! » Mais ce soir-là, en rentrant chez les Sœurs Baptistines, Pierina les considéra autrement : « Finalement, elles aussi sont les épouses du Seigneur. » Et à 19 ans, alors qu’elle venait d’obtenir son diplôme d’institutrice, elle demanda son admission comme postulante dans la Congrégation, au grand chagrin de son père, qui revenait de temps en temps des Etats-Unis. A 20 ans, elle prit l’habit majestueux des religieuses de St Jean Baptiste, et en souvenir de sa mère, on lui donna le nom de sœur Luisa. En manière de plaisanterie, la veille, pendant la répétition générale (car les novices étaient une cinquantaine et la cérémonie présidée par quelque prélat) la Mère maîtresse l’avait affublée du nom de sœur Zapata. Pierina n’en dormit pas de la nuit ! En 1932, ce fut la profession perpétuelle.

Sœur Luisa était à Rome pendant l’occupation allemande : elle cacha quelques juifs elle aussi, comme dans toutes les congrégations religieuses, sous des accoutrements les plus divers, avec beaucoup de sang froid.

 

Très tôt d’ailleurs, elle reçut des charges dans sa congrégation. Un moment, elle dirigea un grand collège à Montemario, dans un palais initialement bâti pour Clara Petacci et repris ensuite « par le gouvernement ».

C’est alors qu’en 1949 l’évêque de Montpellier, qui cherchait des religieuses apostoliques pour son diocèse, fit appel aux Sœurs Baptistines. Sœur Luisa demanda à faire partie des « missionnaires pour la France ». Il s’agissait, à Capestang, de monter un collège d’enseignement ménager. Sœur Luisa ne savait pas le français et n’avait jamais tenu une casserole. Mais elle partit avec deux compagnes, sœur Gabrielle et sœur Eugène, et se fit aimer à Capestang : son collège, « les Buissonnets », existe toujours sous ce nom et notre sœur est toujours restée en relation avec les directrices de ce collège. De plus, comme elle savait faire les piqûres, elle aida beaucoup en ce temps où les soins étaient encore mal remboursés. Pour obtenir une aide de l’Etat, encore mal familiarisée avec notre langue, elle partit à Rodez passer un brevet dont le clou était la traite d’une vache ! Quand on la vit entrer dans l’étable en petits souliers, grand voile et robe imposante, on lui épargna l’épreuve.

Mais si notre sœur avait quitté Rome, les visites au Pape Pie XII avec les enfants de la Première Communion, c’était parce qu’en France, il y avait… Lourdes. Toutes les vacances, elle y allait. Et c’est là qu’en 1952 elle reçut une deuxième fois l’appel au Carmel. Elle aurait alors bien voulu entrer au Carmel de Lourdes, face à la grotte. On lui fit savoir qu’il était complet. Peut-être aussi, une religieuse qui avait déjà 40 ans, supérieure dans une autre congrégation, n’était pas faite pour apaiser certaines craintes quant à la vie austère et cloîtrée des filles de sainte Thérèse. Un peu déçue, sœur Luisa demanda au Père Louis de Sainte Thérèse, provincial des Carmes d’Avignon-Aquitaine, de la faire admettre dans le Carmel « le plus petit et le plus pauvre de France ». Or, le Père Louis revenait justement de Vinça où il s’était rendu pour les noces d’or de sœur Marie de la Trinité. Sœur Luisa entra donc dans notre Carmel de la Sainte Famille le 15 octobre 1952 et tout naturellement y prit le nom de sœur Marie Louise de Sainte Thérèse. Elle ignorait alors que, loin d’y mourir vite, entrée à 40 ans, elle y vivrait encore 60 ans !

Les Mères de Saint Jean Baptiste prirent alors conseil du Padre Pio de Pietrelcina. Celui-ci leur répondit : « L’Esprit Saint souffle quand Il veut et où Il veut. Laissez-Le faire : Il n’est pas pressé de sanctifier sœur Luisa. » Les Supérieures laissèrent donc aller sœur Luisa : de part et d’autres, les relations se maintinrent toujours vives et très fraternelles. De même qu’avec le Carmel de Tre Madone, le Carmel « français » de Rome.

C’est dans ses débuts au Carmel que sœur Marie Louise reçut d’Italie une grande relique du Padre Pio. C’était un soir, elle considérait ce morceau de tissu en se disant : « Si cet homme était vraiment un saint, on ne m’aurait pas envoyé une relique aussi grande ! » Le lendemain, à son lever, elle voulut commencer à détailler le morceau pour ses amies (car sœur Marie Louise qui recevait beaucoup, distribuait aussi très largement, puisqu’elle pouvait toujours redemander !) alors elle s’aperçut que la relique s’était rétrécie comme peau de chagrin ! Et elle devint convaincue de la sainteté du Padre Pio.

 

Au début de sa vie carmélitaine, sœur Marie Louise fut surtout employée comme infirmière, puis dans divers offices comme la surveillance des travaux, le Tour intérieur, avant de s’imposer dans le chant et la liturgie, surtout quand vint le Concile et toutes les adaptations et changements dans l’Office et le répertoire. A Noël 1971, elle suivit une session à La Plesse pour les liturgistes de communauté. Avec l’âge, c’est le téléphone qu’on lui confia et où elle excellait, parcourant tout le monastère à la recherche d’une sœur, tout en charmant dans l’intervalle son interlocuteur par son accueil si cordial. C’est que notre sœur avait un don pour les relations externes : par courrier, par téléphone, combien nombreux furent ceux qu’elle a réconfortés, aidés, écoutés, conseillés… un peu utilisés aussi ! Ce n’est que lorsqu’elle eut passé les 95 ans qu’elle dut abandonner ce service, tout en continuant à téléphoner à sa famille d’Italie, à ses connaissances de Capestang, aux amis et bienfaiteurs de la communauté.

 

En 2005, son frère Benjamin décéda. Ce fut son premier grand détachement, plus grand encore que la mort de Don Rizieri, son frère prêtre, en 1991. Don Rizieri, pendant des années, avait passé ses vacances d’été au presbytère de Marquixanes, tout proche. Il allait célébrer la Messe dans les paroisses environnantes où on le demandait et où il nouait de fidèles amitiés, en tant qu’homme de Dieu et homme de culture. Benjamin, lui, le cœur sur la main, venait aussi à Vinça avec son épouse. Il connaissait tout le quartier. A Noël, des colis imposants arrivaient d’Italie et sœur Marie Louise redistribuait à la communauté et à ses amis.

L’été dernier, notre sœur apprit, par hasard et avec deux mois de retard, le retour à Dieu de son unique nièce, Maria Luisa. Le coup fut rude. Alors que jusque là elle préparait ses 100 ans et y préparait les autres, son intérêt pour beaucoup de choses diminua. Elle vivait de moins en moins en communauté : son cœur était ailleurs.

 

Le 19 décembre à midi, alors que la communauté disait l’Office de Sexte, elle était en communication téléphonique. Prenant l’escalier pour se rendre au chœur, elle tomba et se cassa le bras gauche. Petite fracture qui fut réparée tout de suite. Jusqu’à l’Epiphanie, avec des hauts et des bas, installée à l’infirmerie, notre sœur semblait se remettre, à part son appétit qui nous inquiétait depuis longtemps (depuis toujours d’ailleurs au Carmel). Mais après les Rois, il devint évident qu’elle ne fêterait pas ses 100 ans, alors que tant de personnes s’y préparaient !

Le mardi 4 janvier dans l’après-midi, le Père Marco de l’abbaye de Saint Michel de Cuxa, Italien comme elle, entra lui donner le Sacrement des malades qu’elle avait demandé. Le lendemain, nous comprîmes que c’était la fin, il ne restait que quelques jours. Il fallut dix jours d’attente où les Pères Marco et Pierre Téqui nous montrèrent leur amitié et leur dévouement, pour que se rompe enfin le dernier fil qui retenait sœur Marie Louise sur cette terre. Dix jours pour que le fruit mûrisse définitivement (c’était une plaisanterie de Don Rizieri sur le côté « acerbe » de sa sœur).

Enfin, le jeudi 13 janvier vers 15h20, la cloche alerta la communauté. Sœur Marie Bénédicte avait trouvé notre sœur prête au grand départ. Nous accourûmes. L’infirmière séculière entrait à ce moment-là pour vérifier les perfusions.

En quelques minutes, sans souffrance, sœur Marie Louise rendit très nettement son dernier soupir, entourée de ses sœurs en prière.

Elle fut transportée au chœur et nous avons commencé à avertir les amis et connaissances, tout particulièrement sa famille d’Italie et de Lyon qui, Dieu merci, avait eu l’idée de venir la voir en novembre dernier. Le vendredi 14 janvier, elle fut mise en bière juste avant la messe de 17 heures où l’on pria pour elle. Toute la journée, les messages s’accumulaient sur le répondeur ou sur la boîte email. Samedi 15 janvier à 10 heures, Monseigneur Marceau s’étant libéré, arrivait au Carmel présider ses obsèques, entouré des Pères Rossini, Derrien, Tequi et bien sûr du Père Marco qui donna l’homélie. La chapelle était comble, des fleurs partout :

« Dans la gloire de Dieu, exultez de joie tous les saints. » La célébration se déroula dans cette sérénité de foi, presque de joie. Et Monseigneur dans son mot d’accueil en a donné le motif : pour un chrétien, le jour de la mort, c’est son « dies natalis », le jour de sa naissance au Ciel.

Puisse notre sœur, « purifiée des marques du péché et de la faiblesse humaine », retrouver son père, sa mère, ses deux frères et sa nièce auprès du Seigneur et intercéder pour sa famille spirituelle (« Je ne vous oublierai pas » disait-elle), pour l’actuel Vicaire du Christ et toute l’Eglise, et tous ceux pour qui elle était un soutien, un rayon de la lumière et de la joie divines.

 

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