Chroniques de l’année 2011

11 novembre 2011 B

Chroniques de l’année 2011

 

Avec cette chronique, nous pouvons, chères sœurs, chers amis, vous paraître un peu longues mais nous ne jubilons pas chaque année… Alors, à année exceptionnelle, chronique exceptionnelle !

 

Cette année nous a permis de nous remémorer notre histoire carmélitaine enracinée en terre catalane depuis 1861 et de faire de belles découvertes grâce à l’étude approfondie de nos archives. Mais aussi, elle a accru notre reconnaissance pour ces familles[1], qui, chacune en leur temps, providentiellement, ont racheté le « vieux couvent », afin que des Carmélites puissent s’y installer ou s’y réinstaller. Enfin, c’est l’action de grâce qui a traversé ce jubilé : action de grâce pour la figure dévouée et courageuse de Mère Bathilde de l’Enfant Jésus[2] que les épreuves conduisirent jusqu’à Vinça, action de grâce pour la disponibilité de Mère Marie Thérèse de Saint Joseph qui, en 1919, accepta de quitter son Carmel tout neuf d’Arenys de Mar (au nord de Barcelone) pour restaurer celui de Vinça.

 

Le 10 novembre 2010, Monseigneur Marceau, évêque de Perpignan-Elne, ouvre notre jubilé en présidant les Vêpres de saint Martin à 18 heures. Il est entouré par quelques prêtres du secteur et par le Père Louis-Marie, Carme, revenu à Vinça pour l’occasion. Les prêtres dînent au Carmel  dans une ambiance fraternelle autour de leur évêque mais dès 20 heures la veillée des jeunes commence. Monsieur l’abbé Marc Justafré, responsable de la pastorale des jeunes, en fait un prélude à la grande aventure des JMJ prochaines. Et voilà notre chapelle remplie de jeunes. Le Père Louis-Marie, après leur avoir présenté l’histoire du Carmel et de notre Carmel à l’aide d’un diaporama, les introduit dans le mystère de l’oraison… pour les y laisser pendant une bonne demi-heure dans un complet silence. Une grâce immense quand on pense que la plupart de ces jeunes s’y lançait pour la première fois.

Le lendemain 11 novembre, le Père Louis-Marie préside les festivités. Une conférence très documentée, à 15 h 30, retrace l’histoire de notre Carmel devant un large auditoire. Celui-ci compte plusieurs descendants des familles qui ont tant fait pour notre monastère. Monsieur Dragué, maire de Vinça, son épouse et des membres de la municipalité nous font l’honneur de leur présence. A 17 heures, s’ouvre la messe après un petit intermède musical donné par l’Estudiantina d’Ille-sur-Têt. Comme le 11 novembre est aussi l’anniversaire de la fin de la Grande Guerre, une délégation des Anciens Combattants est présente, et deux drapeaux ouvrent la procession d’entrée, rendant encore plus solennelle cette célébration.

 

Dimanche 12 décembre, nous accueillons pour la troisième fois le Pessebre (la Crêche vivante) d’Ille-sur-Têt. Comme l’événement a été bien annoncé, la chapelle est pleine. Monsieur l’abbé de Roeck, jeune prêtre et Samuel Delmas, jeune diacre, sont venus avec des adolescents de leur aumônerie. Bien sûr, l’émotion est à son comble pendant le chant à la gloire de la Terre catalane… don de Dieu aux Catalans !

 

Mardi 14 décembre, le Père Jean-Honoré de la Trinité vient de Montpellier donner une conférence et célébrer la messe de Saint Jean de la Croix.

 

Et voici déjà Noël, et dès le lendemain, la fête de la Sainte Famille, patronne de notre monastère. La messe est fixée à 10h30 pour être aussi celle de la paroisse. Le Père Cabié, ami de la Communauté, la préside : familles (nous entendons des gazouillis d’enfants, bienvenus en cette fête), amis, paroissiens emplissent la chapelle. Et dans le sanctuaire, un diacre permanent avec son fils diacre, qui sera ordonné prêtre en juin prochain.

La très belle homélie retrace, de façon unique, l’histoire mouvementée de notre Carmel. Elle fait apparaître une certitude : celle de l’aide de la Providence quand on se confie à Saint Joseph. En ce jour de la Sainte Famille de Nazareth, le Père nous exhorte, dans notre monde dominé par l’argent, à garder ici la pauvreté qui fut, à l’origine, la marque de notre couvent de Capucins devenu monastère de Carmélites.

 

Le début de l’année est assombri par le décès de notre soeur Marie Louise, le 13 janvier 2011, à un mois juste de ses 100 ans. Tombée dans l’escalier le 19 décembre, elle s’était légèrement fracturé le bras, et jusqu’à l’Epiphanie, elle semblait surmonter cette épreuve. Elle s’affaiblit ensuite peu à peu et partit paisiblement vers son Seigneur, entourée par toute la Communauté. Malgré ses multiples occupations, Monseigneur Marceau vient présider ses funérailles le samedi 15 janvier, à 10h30. La chapelle est comble car notre soeur avait beaucoup d’amis. Deux prêtres du diocèse, les Pères Derrien et Rossini sont là, avec bien sûr le Père Marco qui lit l’Evangile, et Monsieur l’abbé Téqui qui chante la Messe des morts. Malgré la tristesse de beaucoup de personnes pour lesquelles sœur Marie Louise était un soutien et un réconfort, la paix et la sérénité descendent sur l’assemblée. Quelques jours après, nous parvient du Carmel de Tre Madone à Rome (Carmel d’origine française) la Bénédiction du Saint Père pour nos 150 ans… dernière surprise post mortem de notre soeur italienne.

 

Et la vie continue et nos fêtes jubilaires aussi ! Le vendredi 28 janvier, une conférence du Père Vincent-Marie de Saint Joseph, Carme de Montpellier, marque un peu à l’avance la Journée de la Vie Consacrée du 2 février. Elle attire beaucoup de monde … mais peu de religieuses, prises ailleurs. Très belle causerie sur l’oraison thérésienne suivie de la Messe et de l’Adoration. Et la journée s’achève dans un magnifique silence.

 

En mars, c’est le voyage de sœur Marie Bénédicte et de Mère Brigitte au Broussey, près de Bordeaux, pour la réunion annuelle des Mères Prieures de notre Fédération. Elles sont aimablement accompagnées par Monsieur et Madame Balazun, parents de soeur Marie Roxane. Ces derniers profitent des travaux des prieures pour rayonner autour du Broussey, lié à la mémoire de Mère Bathilde. Ils vont même jusqu’à Bergerac et au château de Cardoux, berceau familial de notre Mère fondatrice. Ils prennent des photos de la petite église de Bourniquel, alors paroisse, et des fonts baptismaux où la petite Suzanne de Saint Exupéry devint, un jour après sa naissance, le 7 mai 1785, enfant de Dieu. C’est là, dans ce baptistère qui a vu défiler paysans et châtelains, que tout a commencé…

 

En cette année de notre Jubilé, le 1er mai, le Pape Jean-Paul II est déclaré bienheureux. Le fait que la bénéficiaire du miracle retenu pour la Béatification soit une religieuse française, au service de la Vie et de la maternité, ajoute encore à notre joie profonde. Cela nous touche d’autant plus que la propre sœur de notre sœur Thérèse de la Sainte Face appartenait elle aussi à la Congrégation des Petites Sœurs des Maternités Catholiques. Nous suivons en direct ce grand événement via Internet.

 

Ce même mois, une autre épreuve vient nous toucher : soeur Odette, à 90 ans et de petite santé, tombe et se fracture le col du fémur. Elle part à la clinique de Prades, mais supportera-t-elle l’opération ?… Non seulement elle la surmonte bien mais la rééducation en Cerdagne nous rendra notre soeur plus forte et plus agile !

Pendant son absence, une nouvelle sonorisation est installée dans la chapelle. Elle n’était pas prévue dans les « travaux de nos 150 ans ». Mais comme ceux-ci sont retardés par l’indisponibilité de nos vaillants maçons et qu’il y a urgence, nous commençons par cela. La Parole de Dieu proclamée sera mieux reçue par l’assistance et la communauté !

Autre absence, celle de sœur Marie Bénédicte pour une session de maîtresses des novices à l’abbaye de Ligugé. Pendant ce temps, nous faisons quelques rangements et vidons des cellules inoccupées. Le monastère est donc tout prêt pour la visite pastorale de Monseigneur Marceau le 23 mai et les élections priorales le 26 mai. C’est Mère Marie Bénédicte qui est élue prieure. Nous la fêtons comme il se doit, ainsi que ses conseillères.

Le vendredi 10 juin, juste avant la  messe, soeur Odette revient de Cerdagne, la Communauté est au complet ! Ce mois-ci nous avons aussi la joie d’accueillir au Tour soeur Marie Thérèse Cabié, carmélite de Vedruna et sœur du Père Cabié, venue avec une jeune amie au « Parlement des religions » à Perpignan. Le 20 juin, nos hôtes à peine parties, nous « déménageons » le choeur au parloir ! Les travaux commencent… avec l’aide indispensable de la Fondation des Monastères ! Le sanctuaire, le chœur et l’avant-chœur qui reposaient depuis 1923 sur un plancher de bois vont être dotés d’une base solide, du chauffage au sol et de carrelage. Il était temps : sous la moquette qui avait vieilli, des planches entières, surtout au sanctuaire, sont découvertes fortement endommagées par les termites. Le 28 juin, Monsieur l’abbé Samuel Delmas (fils du diacre Eric Delmas) nous fait la faveur de célébrer une première messe, deux jours à peine après son ordination. Nous le rencontrons ensuite pour un échange au parloir. C’est un beau moment qui nous ancre un peu plus dans la vie du diocèse.

 

Le 15 juillet, grâce au dévouement de nos maçons, la dalle en ciment et la chape du chauffage au sol sont posées. La chapelle, le choeur et le sanctuaire sont nettoyés, les stalles reprennent leur place, les tapis cachent le sol non encore carrelé. Le lendemain, 16 juillet, solennité de Notre Dame du Mont Carmel, la journée s’ouvre par notre exposition-vente qui rencontre un vif succès. L’après midi, soeur Anne-Elisabeth, religieuse de la Communauté de la Croix Glorieuse à Perpignan, nous gratifie d’un magnifique concert sur les poésies de Sainte Thérèse de Lisieux. Peu avant la messe qui clôture cette journée festive, Monseigneur Raymond Centène, évêque de Vannes et natif de Banyuls-sur-Mer, nous fait la joie d’une rencontre très fraternelle au parloir. Il préside ensuite l’Eucharistie. Dans son homélie il rend témoignage à tous les prêtres qu’il a connus et qui ont été liés d’une façon ou d’une autre à Vinça et à son Carmel.

 

Si la kermesse du 16 juillet est désormais devenue un événement incontournable de ce mois de juillet, il en est un autre qui nous est cher et que nous ne manquerions pour rien au monde : notre session annuelle de Droit canonique donnée par notre amie, Madame Tuffery-Andrieu. Cette année, elle nous fait réfléchir sur le vœu de pauvreté. Tout en éclairant notre intelligence, notre professeur nous donne aussi le témoignage d’une vie de famille chrétienne réussie.

Le Père Cabié, auteur de Le Carmel de Rabastens vient à sa suite nous guider dans notre travail de recherche sur l’histoire de notre monastère.

 

Du mardi 16 au dimanche 21 août, nous nous « offrons » un voyage en Espagne en suivant de près les Journées Mondiales de la Jeunesse à Madrid. L’enthousiasme et la foi des jeunes nous portent et nous émerveillent. D’autant plus que nous sommes proches, géographiquement et culturellement, de ce pays, en outre patrie de sainte Thérèse d’Avila et de saint Jean de la Croix. Quand à l’entrée de l’Escorial nous voyons que la première religieuse à baiser l’anneau du Saint Père est une Carmélite nous ne nous tenons plus de joie et de fierté ! Pourquoi donc les médias ont-ils tant insisté sur les quelques centaines de mécontents et ont-ils occulté les centaines de milliers de fervents et joyeux pèlerins, jusqu’à un million et demi lors de la messe d’envoi ? Ce jour-là, dimanche 21 août, le Père Marco bénit le nouveau vitrail situé au dessus de la statue de la Vierge. Cette œuvre, si lumineuse et si belle, réalisée par notre ami, Monsieur Gérard Milon maître verrier à Eus, transfigure notre chapelle et nombreux sont ceux qui témoignent qu’elle les aide à prier.

 

Et nous voici en septembre. Le 11 pendant que le diocèse se réunit autour de la « Moreneta », la Vierge noire, à Font-Romeu, le Père Raoul Régis de Rabastens fête chez nous son propre jubilé d’or. Et enfin le 25 septembre, nous récupérons définitivement la chapelle, la sacristie, l’avant-chœur, et surtout le sanctuaire et le chœur carrelés et repeints de neuf. Le Seigneur de la maison reprend sa place au tabernacle dans les chants de louange ! L’après-midi un prêtre libanais de l’AED vient donner une conférence sur la situation douloureuse et complexe des chrétiens au Moyen Orient. Notre prière s’ouvre ainsi aux dimensions du monde et cela continue le jeudi 29 septembre : nous recevons la délégation du diocèse qui a visité notre diocèse jumeau de Kankan (Guinée Conakry). Diaporama à l’appui, elle nous rend compte de son voyage du mois de mars dernier. Providentiels préparatifs de la fête de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, patronne des missions, et de la Semaine Missionnaire Mondiale. Nous sommes heureuses de revoir à cette occasion le Père Soulet, notre vicaire général.

 

Nous arrivons au sommet de notre année jubilaire : le week-end de prière pour les familles, en présence des bienheureux parents de notre sœur sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. Notre Carmel étant dédié à la Sainte Famille, la prière pour les familles nous tient toujours à cœur. Nous voulions donc lui donner une place d’honneur cette année. Après quelques démarches, grâce à la gentillesse de soeur Monique Marie, de la Communauté des Béatitudes de Lisieux et de la famille Vier, parente de notre sœur Marie Albert décédée en 2009, qui assure entièrement le transport, nous accueillons dans nos murs ces illustres visiteurs venus de la ville lexovienne. Le 30 septembre au soir, les Complies terminées et la nuit tombée, le reliquaire des Bienheureux Louis et Zélie Martin arrive au Carmel ! Aussitôt, nous sommes toutes au portail, nos cierges allumés… la châsse traverse une partie du jardin et entre au choeur, tout neuf pour les accueillir. C’est un moment de grâce, comme si le temps s’arrêtait. Les parents de Thérèse sont là, dans leurs restes mortels. Le lendemain, le reliquaire est installé à la chapelle avant les Laudes et les fidèles viennent tout au long de la matinée confier leurs intentions à Louis et Zélie. Dans l’après-midi, le Père Jean Marcel, Carme, donne une conférence sur les nouveaux Bienheureux et préside la messe, chantée par Monsieur l’abbé Téqui. Ensuite la châsse part quelques heures à la cathédrale de Perpignan où mille personnes assistent à une inoubliable soirée « Pluie de roses ». Vers 22 heures, les reliques reviennent au Carmel où commence une veillée de prière. Chacun des participants mesure la grâce de vivre ce moment en compagnie des Bienheureux Martin, aussi un grand recueillement règne dans la chapelle et au chœur.

 

Dimanche 2 octobre, c’est Monseigneur Marceau qui vient célébrer pontificalement la messe des Bienheureux. La célébration a un caractère très solennel, notamment grâce à l’accompagnement musical de Mademoiselle Cécile Monier. L’homélie sur l’amour, la fidélité, la fécondité de la famille chrétienne nous touche profondément. La chapelle est comble. la cour est remplie de jeunes familles qui suivent la cérémonie grâce à des haut-parleurs et aux portes grandes ouvertes. Les gazouillis d’enfants accompagnent les chants de la messe. L’affluence est telle qu’il y aura même, à la sortie, de gros embouteillages dans Vinça, témoignage pour les uns, stupéfaction ou interrogation pour les autres. L’après-midi, le temps de prière litanique et la méditation de l’abbé Téqui sont très appréciés et vécus dans une ferveur toute particulière. L'assemblée de tant de personnes et de familles catholiques de toutes sensibilités ecclésiales nous ramène au cœur de l’Eglise diocésaine et universelle. Après les Vêpres le reliquaire quitte le Carmel, sous une pluie de pétales de roses, mais la présence du couple de Bienheureux aura profondément marqué les fidèles et la communauté.

 

Le 15 octobre, le Père Jean-Marcel revient parmi nous pour fêter notre Mère sainte Thérèse d’Avila. Fête familiale et très belle. Dans sa simplicité et sa bonhomie, le Père Jean-Marcel sait toucher le cœur de tous les participants.

 

Enfin, nous voici au vendredi 11 novembre, jour de la clôture de notre jubilé. Il y a exactement 150 ans, Mère Bathilde et ses compagnes prenaient possession du monastère. Aussi, nous voulons marquer de façon plus solennelle cette journée. L’ornementation de l’autel et du grand Christ de la chapelle est particulièrement soignée. A 15h15 le Père Damien de Jésus, Carme de Montpellier, nous entretient sur le thème : « Epouses du Verbe : la vocation des carmélites ». Cette conférence qui explique le sens notre vie cloîtrée est bien appréciée, surtout par les parents de nos jeunes sœurs, tous présents. Suit un récital de piano et orgue que Madame Herman donne avec autant de virtuosité que de simplicité. A 17 heures, la messe met un point d’orgue à une année entière de célébrations. Nous sommes particulièrement touchées par l’homélie du Père Damien qui est destinée plus spécialement à la Communauté. A la fin de l’Eucharistie, pendant que les personnes se dirigent vers le parloir extérieur, trop petit pour la circonstance, nous allons rapidement au parloir intérieur afin de les accueillir en dansant une sardane, danse typiquement catalane. Ensuite, un bon moment d’amitié réunit familles et amis autour d’une pièce montée… en forme de chapelle surmontée du clocheton du Carmel ! Tous et chacun repartent heureux et comblés par cette journée de fête.

 

Lors de la plupart de nos célébrations jubilaires, nous avons eu la joie et la grâce d’avoir un Père Carme dans notre chapelle. Nous le devons certainement à celle qui repose dans notre crypte depuis 1863 : Mère Bathilde de l’Enfant Jésus. En 1839, étant prieure du Carmel de Bordeaux, elle mit toute son influence, son énergie, malgré une santé déficiente, …et quelques-uns de ses deniers, à restaurer la branche masculine de l’Ordre du Carmel en France. En effet, elle avait un grand désir « d’effacer les traces de la Révolution  et de rétablir dans toute sa perfection la primitive observance ».[3]

 

Au terme de ce jubilé, nous tenons à remercier tous ceux qui nous ont entourées de leur présence, de leur aide, de leur amitié, et qui ont participé à nos célébrations, en particulier les descendants des familles fondatrices de ce monastère : Molins de Barescut, Saint-Exupéry, Trullès-de Balanda ainsi que nos familles, nos amis, tous ceux qui sont si proches de nous au quotidien, et les habitants de Vinça pour leur soutien et leur dévouement. Et surtout nos prêtres desservants, le Père Marco, prieur de St Michel de Cuxa (abbaye bénédictine voisine) et Monsieur l’abbé Téqui qui fidèlement chaque jour ont célébré l’Eucharistie, source et sommet de notre vie de Carmélites.

Qu’une pluie de grâces descende sur tous. Que cette année 2012 apporte un nouvel élan à la Communauté et à ceux qui l’entourent. Qu’à l’exemple de notre Mère sainte Thérèse (dont nous fêterons avec l’Ordre le cinquième centenaire de la naissance en 2015) nous puissions vivre de sa parole :

 

« Nous commençons maintenant.

Que celles qui viendront ne négligent rien

pour commencer toujours et aller de mieux en mieux. »

 

Beau Noël et sainte année à tous et à toutes sur le chemin de la Foi, conduits par le Saint Père Benoît XVI.

 

 

Les Carmélites de Vinça

 



[1] En 1589, une communauté de Capucins avait construit un couvent en dehors des remparts de la ville de Vinça. Les Frères qui s’y trouvaient en 1793 furent chassés et le bâtiment vendu comme bien national. Il fut acquis en 1840 par la famille Molins de Barescut dont le souhait était de le restituer dès que possible à une communauté religieuse. L’occasion se présenta en 1861 quand Mère Bathilde de l’Enfant Jésus et ses filles furent accueillies dans le diocèse par Monseigneur Gerbet.

Mais notre reconnaissance va également à la famille Trullès et particulièrement à Espérance, fille de Maître Trullès, qui consacra sa dot au rachat du monastère, vendu en 1901, pour que des carmélites puissent y revenir. Morte en 1904 à l’âge de 20 ans, elle ne put voir la réalisation de son projet. C’est sa tante, Madame de Balanda, qui s’en chargea en 1920 en offrant le « vieux couvent » à la communauté de Mère Marie Thérèse de Saint Joseph.

 

[2] Prieure du Carmel de Bordeaux, elle dut le quitter dans des circonstances pénibles pour aller fonder un Carmel à Nice, alors en territoire italien. En 1861, suite à des difficultés avec le gouvernement piémontais, elle transféra le Carmel de Nice à Vinça. En 1901, la communauté fut chassée du monastère par les lois anticléricales et se réfugia dans deux maisons du village. En janvier 1919, autour de la dernière survivante, sœur Gertrude du sacré Cœur, se tissa providentiellement un réseau de personnes qui prirent contact avec Mère Marie Thérèse de Saint Joseph, prieure du Carmel de Bédarieux exilé en Espagne.

 

[3] Les frères Carmes comme tous les autres religieux-hommes, ont complètement disparu du paysage français après la Révolution. Mère Bathilde va œuvrer à leur retour. Par deux fois, ses tentatives échouent. En 1828, elle essaie en vain de retenir une communauté de carmes déchaux partie d’Amérique et de passage à Bordeaux pour se rendre en Espagne. Puis, elle soumet sa requête au Pape lui-même… mais Léon XII vient juste de mourir. Enfin, elle essaie d’associer de jeunes ecclésiastiques à son projet mais là encore elle subit un deuxième échec.

Dix ans plus tard, se présente le Père Dominique de Saint Joseph (1799-1870) Carme basque rattaché au couvent de Pampelune qui fuit l’Espagne en proie aux Guerres Carlistes. Après avoir franchi les Pyrénées déguisé en paysan, il gagne Bordeaux d’où il projette de partir pour le couvent mexicain de Puebla. Avant son départ, il se rend au Carmel pour saluer sa prieure. Chose étonnante, il est éconduit à deux reprises puis Mère Bathilde le reçoit enfin au parloir. Le courant passe immédiatement et le Père Dominique se laisse convaincre pour rétablir en France le Carmel Déchaussé masculin. En 1865, le Père Dominique est élu Général de l’Ordre qu’il réunifie. Au Concile Vatican I, il est un conseiller écouté du Pape Pie IX, avant de mourir à Rome le 12 juillet 1870, sept ans jour pour jour après Mère Bathilde. Son corps est rapatrié au couvent des Carmes du Broussey, près de Bordeaux, le mois suivant.

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