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Les premiers religieux de l’histoire de l’Eglise(1) furent longtemps des solitaires qui vivaient librement à l’écart du monde. La vie monastique mit plusieurs siècles pour se fixer dans les formes que nous lui connaissons encore aujourd’hui. Ce n’est qu’au IVème siècle de notre ère que l’on voit apparaître en Egypte des ermites pratiquant en groupe le jeûne, le silence, la prière et le travail manuel, sous la conduite d’un chef spirituel. Les premières règles, comme celle de St Pacôme ou de St Antoine, sont rédigées à cette époque pour tenter d’organiser cette vie religieuse communautaire, sans imposer encore de vœux aux cénobites(2), ni même l’obligation de s’attacher au groupe. Sous ces formes primitives, le monachisme(3) se répand au Moyen Orient et en Occident. Les règles se multiplient, presque toujours d’une terrible austérité, mais laissant à l’individu son entière liberté. A partir du VIIème siècle on voit apparaître en France les premières abbayes Bénédictines crées soit par des reines soit par des princesses de sang royal. Après avoir connu jusqu’au moyen âge une véritable prolifération des règles monastiques, les ordres finissent par s’unifier autour de trois règles principales : celle de St Benoît, de St Augustin, celle plus récente de St François. Ces règles imposent les mêmes vœux de pauvreté, d’obéissance, de chasteté et de clôture(4), même si elles ne s’inspirent pas du même esprit. Des mesures prises par le concile de Trente, qui siège de 1545 à 1563, tendent à une harmonisation de tous les ordres religieux. Au fil du temps les ordres se structurent, certains disparaissent victimes du manque de vocation ou de la pauvreté ou des aléas de l’Histoire…
Paris, la colère gronde, Necker, directeur général des finances et ministre d’état, a été révoqué par Louis XVI le 11 juillet 1789. Au Palais-Royal, des orateurs improvisés, dont Camille Desmoulins, ont harangué la foule annonçant une « Saint-Barthélemy des patriotes ». Le 12, à la suite d’une charge du Royal-Allemand dans les jardins des Tuileries, l’insurrection éclate. Le 14, un groupe se porte, pour y chercher des armes, à la vieille forteresse de la Bastille. A la suite d’un malentendu ou d’une provocation, c’est l’attaque. Défendue par une poignée de Suisses et d’invalides elle est rapidement investie, le gouverneur de Launey massacré. La capitulation du roi suit. La Constituante, qui remplace les états généraux, s’attache à donner à la France de nouvelles institutions. Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (26 août 1789), abolition de la féodalité, fin des privilèges, suppression des corvées, rédaction de la première constitution, organisation du pays en départements, districts, cantons et communes. Le 02 novembre 1789, placée dans une situation financière difficile, elle décrète la confiscation des biens de l’église ainsi que ceux des contre-révolutionnaires. La Constituante, en contre partie, prend à sa charge les frais du culte, l’entretien de ses ministres, et l’assistance aux pauvres. La loi du 27 novembre 1790 exige l’adhésion à la Constitution civile du Clergé de tous les ecclésiastiques. Un grand nombre refuse de prêter serment, ce sont les réfractaires; les autres, appelés constitutionnels, forment le clergé paroissial nouveau. Les religieux qui persistent dans leur résolution anticonstitutionnelle sont menacés de dispersion. Le 11 mars 1791, les Cordeliers de Perpignan préfèrent s’exiler, les Minimes, les Capucins et les Carmes Déchaussées de la même ville sont partis au mois d’avril après les Dominicains et les Grands Augustins. Le 11 avril 1792, de nouvelles mesures de rigueur sont édictées contre les prêtres réfractaires…
Le 11 juin 1793, l’Office de Tierce achevé, le grand Christ de la chapelle du monastère de Vinça a été descellé. Une délégation de frères conduite par le Révérend Père Gardien l’a confié à François de Pontich qui le mettra en sécurité, lui évitant ainsi la profanation. Frère Guilhem, assis sur le banc de pierre près de la source, contemple le couvent. Son regard parcourt le bâtiment où, avec ses frères, il a beaucoup prié. Il est las, dépité par tant d’agitation, tant de haine, tant d’injustice. Découragé, il se remémore l’arrivée des Capucins(5) à Vinça, telle qu’elle lui fut contée…
Issus d’une branche réformée de l’Ordre des frères Mineurs, dernière branche de l’Ordre établi par Saint François d’Assise, les Capucins s’installent dans la région pour y construire des monastères, apporter la foi et aider leurs prochains. Ils créent des couvents dans plusieurs localités, Céret et Vinça en 1582, Prades en 1587, Thuir en 1590. Le vaste domaine sur lequel s’élève le monastère de Vinça leur est concédé, à titre gracieux, par une famille de la localité. Pour sa construction, il bénéficie tant de la participation active de familles nobles que de celle des pieux habitants de Vinça et des villages environnants. Les Capucins reçoivent, de la part des fidèles, de nombreuses aumônes dont la gestion est confiée à Jean Belloc syndic apostolique. Par les missions, les retraites spirituelles qu’ils donnent dans la paroisse, les cérémonies qu’ils célèbrent dans leur couvent, les œuvres qu’ils dirigent ou auxquelles ils prennent part, les Capucins exercent une influence non négligeable sur la société. Les confréries ainsi que les corporations ouvrières leur accordent des aumônes, des privilèges particuliers lors de leur fête annuelle. Régulièrement, l’un des religieux va de domicile en domicile quêter pour le couvent. Il recueille du blé, de l’huile, du vin, des pommes de terre, toutes les provisions de bouche nécessaires à la subsistance de la communauté. Le couvent reçoit, chaque semaine, de la boucherie communale plusieurs rations de viande pour un prix dérisoire, à titre gracieux des petits pains appelés « auffertes » et tous les ans deux mesures de blé. Lorsque l’entretien du couvent ou de ses annexes s’avère trop onéreux, le R. P Gardien sollicite des aides ; les Consuls fournissent, le 27 novembre 1619, la chaux pour réparer le mur de soutènement du chemin avoisinant le couvent et le « canal del pla » qui amène l’eau dans le jardin et les champs de l’établissement. De même, en 1620 des quêtes sont organisées dans la ville pour financer d’autres travaux. L’hiver 1627 sévit avec rigueur, les Capucins n’ayant pas le bois nécessaire aux besoins de l’établissement, ils font appel aux Consuls qui, le 26 novembre, leur fournissent plusieurs charges de bois du « Pré de la ville » situé à proximité de la Têt. Les Capucins se substituent, dans la mesure du possible, à la population lorsqu’il faut, lors des conflits franco-espagnols des années 1630 - 1631, loger des troupes au village. Le Traité des Pyrénées, signé le 7 novembre 1659 entre Le France et l’Espagne, vient mettre un terme à 24 années de guerre. le Roussillon, le Conflent et une partie de la Cerdagne, entre autre, sont rattachés à la France. Le Roi, Louis XIV, dans le souci d’asseoir son autorité, s’attaque aux institutions, aux fortifications et à la centralisation. L’enseignement du français devient obligatoire dans les écoles publiques, les couvents, les églises. En 1661, l’Université est acquise par les jésuites, tous favorables à Louis XIV. En 1682, le conseil Souverain déclare toute personne non francophone impropre à la fonction publique. Le 02 avril 1700, un édit de Louis XIV interdit l’usage du catalan accusé d’être « contraire à son autorité, à l’honneur de la nation française ». Devant tant de pressions, nombre de Capucins obtiennent l’autorisation de rentrer dans leur Province de Catalogne, ils sont remplacés par des religieux d’origine française. D’autres demeurent fidèles au pays annexé et continuent à parler, dans leurs prédications, leur langue maternelle, le catalan. Ils parviennent ainsi à se concilier l’estime de la population qu’ils évangélisent. Peu à peu la vie reprend son cours normal, au couvent, de nouveau travaux sont nécessaires, la conduite d’eau utilisée pour l’arrosage du jardin est défectueuse. La ville octroie, le 23 octobre 1735, une somme de 100 livres pour la remettre en état de fonctionner. A la fin du XVIIIe siècle, le nombre de couvents et le personnel religieux sont en nette diminution. Seulement sept Capucins sont présents à Vinça. La société est en « ébullition », la bourgeoisie, dont le rôle économique s'est accru, désire accéder au pouvoir. Les idées des philosophes comme Montesquieu, Voltaire, Diderot, Rousseau, qui combattent l’absolutisme(6), se propagent rapidement. Le pays connaît la faim et une grave crise économique, tout cela contribue à générer un climat propice à d’importants changements, c’est la Révolution… L’église est investie, les statues en pierre de St Julien et Ste Baselisse jetées dans la Têt (une seule sera récupérée). Les objets pieux, portés sur la place publique devant la mairie, ont servi à allumer un grand feu autour duquel des personnes dansent une folle farandole en chantant la carmagnole… Frère Guilhem lève la tête et contemple l’éperon rocheux du Canigou où la neige, durcie par un hiver particulièrement rigoureux, brille sous la caresse des rayons du soleil. Il sait qu’il ne le reverra plus jamais comme il ne reverra plus son cher couvent. Après avoir été le siège d’un collège, le couvent est vendu plusieurs fois pour devenir la propriété de monsieur Molins dont le vœux est de le rendre à sa vocation première. En 1861 l’Italie est confrontée à une vague de persécutions religieuses. Les Carmélites de Nice, (Nice appartient alors à l’Italie), sont dans l’obligation de quitter le pays. Pie IX les recommande à Monseigneur Gerbet, évêque de Perpignan, qui connaissant les intentions de monsieur Molins, lui propose de mettre le couvent à leur disposition. Monsieur Molins accepte, et le 11 novembre 1861, les Carmélites de Nice avec à leur tête Mère Bathilde de l’Enfant Jésus (née Suzanne de Saint Exupéry) fondent le Carmel de Vinça. Mère Bathilde s’est longtemps dépensée pour le retour des Carmes Déchaux(7) en France, leur disparition datant de la Révolution. Elle trouve ainsi une juste récompense à ses efforts avant de mourir, à Vinça, le 12 juillet 1863. Elle est inhumée dans la chapelle du Carmel. Le couvent s’avère trop exiguë, les Carmélites font bâtir le second étage. Le vieux monastère reprend vie, mais au cours du XIXe siècle, l’état se « déconfessionnalise » progressivement ; en 1901 est votée la loi de contrôle sur les associations(8). Les religieuses sont dans l’obligation de quitter le Carmel pour se réfugier dans une petite maison située près de l’église du village. Là, en habit séculier, elles mènent toujours une vie de Carmélites, dans l’ombre, la souffrance et parfois la misère. Le couvent confisqué est mis en vente. Espérance, fille de monsieur Trullès, riche notaire d’Ille sur Têt, l’acquiert avec sa dot. Son vœux est qu’il soit mis à la disposition d’une communauté de Carmélites. Espérance, dont la santé est fragile, meurt rapidement, son père achète quelques propriétés situées autour du monastère afin de protéger la clôture des moniales. Quelques années plus tard, avant de mourir, il le confie aux bons soins de sa sœur, madame de Balanda. Lorsque survient la première guerre mondiale, le monastère est réquisitionné par l’armée pour abriter des soldats blessés qui y résideront quelques mois. Dans le courant de l’année 1919, un soir vers 17 heures, deux Jésuites français, le Révérend Père Mas et le Révérend Père Roquefort de la résidence de Perpignan, se présentent au Carmel d’Arenys de Mar, situé près de Barcelone. Ils font connaître la situation du couvent de Vinça à la Révérende Mère Marie Thérèse de Saint Joseph la priant elle et ses filles de venir, au plus tôt, le repeupler. Après le départ des pères, Mère Marie Thérèse est songeuse. Elle a connu le Carmel de Bédarieux d’où elle a dû, le 28 septembre 1904, s’exiler à Gérone, aller ensuite à Malgrat et enfin le 18 juillet 1905 à Arenys de Mar où elle a fondé le Carmel. Mère Marie Thérèse hésite de longs mois et se décide enfin à faire le voyage jusqu’à Vinça. A son arrivée, elle est accueillie par une petite vieille à l’aspect pauvre, c’est sœur Gertrude, la dernière rescapée des Carmélites de Nice, qui vit toujours près de l’église. Le lendemain, elle se rend au monastère et découvre le bâtiment principal, formé de deux étages comprenant quarante cellules. Au rez-de-chaussée se situent la cuisine, ses dépendances et quelques salles. La plus grande a servi de chapelle aux Carmélites de Nice, la chapelle proprement dite étant désaffectée depuis la Révolution. A l’ouest du bâtiment, s’étend une importante parcelle de terrain presque entièrement inculte. Bien que les bâtisses ne soient pas trop délabrées, elles ont tout de même besoin d’urgentes réparations. Mère Marie Thérèse, séduite par le monastère va rendre visite à madame de Balanda qui lui dit : « je vous donne le couvent, ce fut la volonté expresse de mon frère et de sa fille ». Pour les réparations à faire elle promet de l’aider, autant qu’il sera en son pouvoir. Mère Marie Thérèse se rend à Perpignan chez l’évêque, monseigneur Carsalade du Pont(9), qui d’emblée accepte que le Carmel d’Arenys de Mar vienne repeupler celui de Vinça ; la translation(10) devra se faire au printemps. Le 07 avril 1920, un premier groupe de Carmélites quitte Arenys suivi, le 21 mai 1920, d’un second conduit par Mère Marie Thérèse très émue de laisser le Carmel qu’elle a fondé. Si les récentes réparations permettent à la communauté d’être logée convenablement, il reste encore beaucoup à faire avant de pouvoir établir la clôture et, avec elle, la vie complètement régulière. La petite chapelle provisoire est à peine suffisante pour la communauté, la grande chapelle trop délabrée sert d’abri aux chouettes. Il faut beaucoup d’argent pour tout remettre en état et la communauté est pauvre. Une année s’est pratiquement écoulée lorsque survint le décès de madame de Balanda. Dans son testament elle a confié les intentions de son frère et de sa nièce. Les travaux peuvent commencer. La grande chapelle est restaurée, le chœur du Sanctuaire surélevé et éclairé, celui réservé aux Carmélites prend un aspect plus moderne avec ses multiples ouvertures et son cloître donnant sur le grand jardin. Le jeudi 15 mars 1923, bien que les travaux soient inachevés, ont lieu la bénédiction de la chapelle restaurée, celle du chœur des Carmélites et la prise d’Habit d’une postulante du diocèse. Monseigneur Patau, Auxiliaire de l’Evêque de Perpignan préside la cérémonie. L’événement est d’importance, une foule nombreuse en témoigne, se pressant dans la nef et aux abords du monastère. Quelques jours plus tard, le 24 mars, le plus gros des travaux achevé, les sœurs se mettent en clôture. Le comte Joseph de Saint Exupéry, arrière petit neveu de Mère Bathilde, a appris la renaissance du Carmel fondé par sa tante. Il vient à Vinça pour offrir le chemin de Croix, les bancs, les agenouilloirs de la Chapelle ainsi qu’une statue de Notre Dame du Mont Carmel. Il fait aussi placer une plaque de marbre à la mémoire des Pères Capucins et des Carmélites reposant dans le caveau qui est alors définitivement scellé. Les 02, 03 et 04 septembre 1923, ont lieu les glorieuses fêtes d’un Triduum(11) solennel en l’honneur de la Béatification(12) de Sœur Thérèse de l’Enfant – Jésus. Sa canonisation est fêtée, le 17 mai 1925, Monseigneur Patau, présidant les cérémonies. Le 09 avril 1926, débute un nouveau Triduum auquel assistent Dom Marie François d’Assise, Abbé de Saint – Michel de Cuxa, Monseigneur Patau et Monseigneur Halle et bien sûr une foule imposante venue se recueillir à la Grand’ Messe et aux Vêpres. Depuis le début du mois d’avril, Mère Marie Thérèse a commencé à ressentir de vives douleurs, le 09 juillet elle est dans l’obligation de s’aliter, elle ne se lèvera plus ; le 14 à 16h30, elle rend son dernier soupir. C’est le 16 juillet, fête de Notre-Dame du Mont-Carmel(13), qu’ont lieu ses obsèques présidées par Monseigneur Patau assisté du Père Abbé de Saint – Michel de Cuxa. Mais le Carmel vaillamment restauré par Mère Marie Thérèse de Saint Joseph restait petit et pauvre, incomplet aussi. Après sa mort chaque « génération » de sœurs eut à cœur de l’entretenir et de l’étoffer dans la mesure des nécessités et des possibilités financières de chaque époque. En 1935 – 1936 grâce à la dot d’une religieuse, mademoiselle Deprade, un nouveau corps de bâtiment, perpendiculaire à celui des Capucins et longeant la route de Joch, fut construit. Il permettait enfin au rez de chaussée de disposer d’un second et grand parloir et d’une salle à manger convenable pour les Aumôniers. Quant au premier étage, il constituait un noviciat « régulier » séparé de la Communauté. Le 28 juillet 1957, à l’initiative de personnes dévouées de Vinça, une première kermesse fut organisée au profit du Carmel. Les vinçanais, dans leur attachement pour leur Couvent durent se montrer généreux car dès l’automne suivant les réparations pouvaient commencer à la Chapelle, réparations nécessitées par l’état de vétusté de cet édifice. On refit entièrement le pavement, les autels latéraux en bois furent enlevés (mais recyclés comme il se doit, à l’intérieur du monastère). Ce qui restait des chapelles latérales fut complètement bouché. Les travaux furent rondement menés par monsieur Joseph Anglés (dit Nonis) et son équipe. Le 19 mars 1958, pour la fête de Saint Joseph (le Patron du patron) on pouvait inaugurer la Chapelle remise à neuf et, détail de l’époque, Mère Germaine, Prieure, servit un goûter aux maçons diligents. C’est durant cet hiver 1958 que d’autres travaux, importants mais aussi moins voyants, furent entrepris pour un meilleur aménagement (et un début de « confort ») du bâtiment des religieuses. A cette époque en effet le Carmel de Vinça se préparait à accueillir les 18 moniales du Carmel de Rabastens (Tarn). La fusion fut chose faite le 16 juillet 1958, fête de Notre Dame du Mont Carmel. Dans la foulée, et en reconnaissance de cette fusion, les Carmélites demandèrent à messieurs Marins et Jean Baux, de Valmanya, de bâtir dans le jardin un ermitage à Saint Joseph et un nouveau poulailler (l’ancien étant situé sous le noviciat !). Cette époque de la « fusion » vit aussi construire, dans le bâtiment du « Cœur » et en avancée sur la cour de la Chapelle, la salle de séjour des « sœurs externes ». Dans les années 1970 la cour de la Chapelle fut pavée de lauzes. En 1981, grâce à une aide du Père Yacinthe Alomar, ancien Aumônier, il le fut pendant 49 ans, la Communauté put faire construire dans un champ de pêchers le pavillon de l’Aumônerie que le Père Bonaventure Naudy allait habiter jusqu’à son départ en 1996. En même temps, on faisait des réparations conséquentes à l’accueil, pour pouvoir héberger plus décemment familles et hôtes de passage. Les maçons entreprenaient, en 1986, la réfection de la façade du Couvent sur la route de Joch, ce qui donnait un tout autre aspect à l’entrée du monastère sur laquelle les Pères de saint Michel de Cuxa apposaient une plaque en céramique faite dans leur atelier. En 1989, il faut penser à tout, agrandissement du caveau des Carmélites et clôture d’une parcelle de terre jusqu’alors en fermage pour donner un peu plus d’espace aux Sœurs. Il restait un gros souci aux Carmélites : l’état des toitures, en particulier celle de la Chapelle qui menaçait ruine. En octobre 1990 les ouvriers attaquaient la réfection des toitures de la Sacristie pendant un automne particulièrement pluvieux qui ne rendit pas aisée l’opération. Il restait le « gros morceau », le toit de la Chapelle proprement dite. Grâce à un legs providentiel d’une amie du Carmel cette tâche importante put être menée à bien en 1993. Le centenaire de la mort de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus (de Lisieux) approchait. Grâce aux kermesses annuelles (depuis réalisées chaque année à Perpignan avec les Sœurs contemplatives du diocèse, Clarisses et Ermites du Perthus) et à des bienfaiteurs, la Communauté pouvait réaliser un vieux rêve : récupérer enfin et complètement, ces chapelles latérales bouchées auparavant faute de moyens. Deux chapelles furent dégagées : l’une tenant lieu de salle d’exposition et de lecture, l’autre destinée au culte et inaugurée le 30 septembre 1996. Le 1er octobre 1997, Monseigneur André Fort, évêque de Perpignan Elne venait y présider la clôture du centenaire thérésier et y consacrer le petit autel de pierre au cœur d’une très belle célébration (entre temps, en avril 1997, le cœur des moniales est complètement refait et les boiseries de 1923 remplacées par des fenêtres à double vitrage offertes par une famille de la communauté). Enfin en juin 1997, le toit du bâtiment principal ayant bien souffert du tremblement de terre du 18 février 1996 a été refait grâce à une aide du gouvernement (Vinça ayant été reconnue comme région sinistrée) et un emprunt auprès de la fondation des monastères.
Peu d’entre nous connaissent l’emploi du temps des Carmélites déchaussées, nous vous proposons de mieux faire leur connaissance en les accompagnant, le temps d’une journée…
Le lever est à 06h00, le temps de regarder l’immense ciel étoilé et l’Angélus de 06h30 invite les moniales à une heure de prière silencieuse, ensemble au Chœur, devant le Tabernacle qui abrite le Seigneur du lieu. Le temps de prendre le petit déjeuner et d’arranger leur cellule, les carmélites se retrouvent au Chœur, à 07h50, pour le chant des Laudes, la louange matinale de l’Eglise, de Tierce (la 3ème heure après le lever selon l’ancienne méthode de compter les heures) et de la Messe. A 09h15, les Sœurs se dispersent : qui à la cuisine, qui au jardin, qui dans son atelier d’où il sort croquants, confitures, crèches, cartes de vœux ou images de communion, à moins qu’il s’agisse, pour une autre, d’ornements liturgiques. A 12 heures, la cloche domestique appelle la Communauté au Chœur pour l’office de Sexte (sixième heure) suivi, un quart d’heure plus tard, du repas pris en silence au réfectoire pendant qu’une sœur fait la lecture d’un ouvrage de spiritualité. A 13h00, les sœurs brisent joyeusement le silence pour la récréation qui les rassemble dans la pièce de ce nom en hiver, dans le jardin bien à l’ombre en été. Rires et plaisanteries mais aussi échanges de nouvelles : les familles, les grands événements du moment, cléricaux ou mondiaux, que quelqu’un aura lu sur la Croix ou sur l’Indépendant, donnés par des amis vinçanais pour un sujet d’actualité. A 13h45, l’Office de None (neuvième heure) se poursuit, de 14h00 à 15h00 par un temps de retraite en cellule, consacré à la lecture de la Bible ou de quelque auteur spirituel. De 15h00 à 17h00 chaque sœur retrouve son travail jusqu’aux Vêpres. De 17h30 à 18h30 c’est la seconde heure d’oraison, comme au matin. Le dîner, à 18h45 fait bientôt place à la dernière récréation où, tout en parlant, chacune essaye aussi de faire avancer l’aiguille et le crochet. A 20h00, l’Office de Complies ouvre le grand silence de la nuit dès 20h30. Une demi heure de temps libre est alors consacrée, en général, à la promenade, à la récitation silencieuse du chapelet ou à une pause contemplative dans le jardin. A 21 heures, la cloche appelle pour l’Office des lectures (les Mâtines d’autrefois). Vers 22 heures s’achève une journée souvent bien remplie !
Les Sœurs du Carmel § Robert GUILLAUME
La construction et la prospérité du monastère se sont faites en harmonie avec la population de Vinça et de ses environs. Aussi peut-on regretter que la mission des religieux n’est pas toujours été correctement perçue. Ne consiste t-elle pas à apporter la foi et à aider son prochain ? Elle subit malgré tout les tourments de l’histoire pendant une période particulièrement trouble. Mais la vie du monastère est empreinte d’amour, de passion et de pardon, c’est bien là l’essentiel ! Trente années plus tard, c’est avec beaucoup d’émotion que je suis retourné au Carmel, j’ai retrouvé, dans cette bâtisse majestueuse mais aussi discrète, secrète pour ceux qui n’ont pu se recueillir dans le silence émouvant de sa chapelle lumineuse, les souvenirs d’une journée particulière à jamais gravée dans ma mémoire.
Cet article a été écrit avec l’aide de divers ouvrages, nous tenons à remercier leurs auteurs. Couvents de femmes par Geneviève Reynes aux éditions Fayard.
Explicatifs : (1) Ici le terme Eglise englobe toutes les confessions. La rupture de l’unité entre les chrétiens a entraîné l’émergence de diverses confessions dont les trois principales sont le catholicisme, l’orthodoxie et le protestantisme, ce dernier comportant de nombreuses dénominations.
(2) Moine qui vit en communauté, opposé de hermite.
(3) Institution monastique.
(4) Ici enceinte d’un monastère définissant l’espace réservé aux seuls religieux de la communauté et inaccessible aux visiteurs.
(5) De l’italien cappuccino, petit capuchon.
(6) Régime politique dans lequel tous les pouvoirs sont sous l’autorité du seul chef de l’Etat.
(7) Religieuse contemplative à vœux solennels (contemplative :qui vit cloîtrée et se consacre à la prière).
(8) Combes, radical anticlérical, président de la commission chargée de rapporter la loi sur les associations au Sénat. Ancien séminariste, devenu ministre de l’Instruction publique et des Cultes. La loi de contrôle de 1901, sur les associations, devient, entre ses mains, une loi d’exclusion. Toutes les congrégations non autorisées sont dissoutes. Tout enseignement est interdit à tout membre d’une congrégation, même autorisée.
(9) Il fut l’initiateur de la restauration de l’abbaye de St Martin du Canigou.
(10) Action de transférer d’un lieu à l’autre. Ex : la translation des reliques d’un saint.
(11) En religion : suite de prières, d’actes de dévotion qui se déroulent sur trois jours.
(12) Acte solennel par lequel le Pape met une personne défunte au rang de bienheureux.
(13) Mont Carmel : montagne d'Israël, au-dessus de Haïfa ; 546 m. Il est considéré comme le berceau de l'ordre des Carmes. |
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